19 août: Critique rigoureuse du PSP
Frédéric Dubois, 19.08.2007 21:29
Ottawa a été hier la scène d'une manifestation d'environ 3 000 personnes opposées au Partenariat sur la sécurité et la prospérité (PSP). Un forum plein à craquer organisé par le Conseil des Canadiens, un organisme de la société civile, a ensuite articulé les points litigieux depuis l'Université d'Ottawa. Un 19 août qui n'aura pas fait honte à la démocratie canadienne et qui laisse présager un réarmement de la critique contre les intérêts économistes qui seront vraisemblablement défendus becs et ongles par "les trois amigos de Montebello".
Ottawa a été hier la scène d'une manifestation d'environ 3 000 personnes opposées au Partenariat sur la sécurité et la prospérité (PSP). Aussi, un forum public a été mené à l'Université d'Ottawa peu après la manifestation, organisé par le Conseil des Canadiens, un organisme de la société civile en croisade contre, notamment, l'exportation d'eau en vrac vers les États-Unis.
3 000 personnes sur la colline parlementaire à Ottawa. Très peu? Oui, bien peu au vu des enjeux qui sont en jeu au PSP. Mais bon nombre des manifestants interviewés sur place en avaient gros sur le coeur. Puis la foule était bigarrée. Des Canadiens d'origine pakistanaise, birmane, namibienne, des autochtones et un grand nombre de jeunes ont pris part à la mobilisation ce dimanche (19 août).
Si plusieurs venaient marquer le coup du PSP, la plupart semblent être venus pour s'opposer à la politique étrangère de l'administration de George W. Bush, l'un des trois "amigos" du PSP. La guerre en Irak et l'intégration du Canada dans le plan de match militaire et sécuritaire étasunien, du moins en Afghanistan, sont un irritant qui semble inquiéter bon nombre de manifestants sur place.
Une dame dans la soixantaine de la Colombie-Britannique faisait valoir que le PSP -- un partenariat sur la sécurité et la prospérité initié par le conseil des chefs des plus grandes entreprises canadiennes -- est dans la lignée de l'accord multilatéral sur l'investissement (AMI).
Les Libéraux traçent le chemin
Il faut dire que le sentiment qui se dégage de cette journée est précisément en écho à cet avis. Plusieurs invoquent le manque de transparence, soit le processus même de négociation du PSP. En ce sens, il est vrai que le PSP ne représente pas un précédent. On est en terrain connu. Les gouvernements libéraux de Jean Chrétien et Paul martin avaient déjà déployé des efforts considérables afin de faire cheminer un agenda pro-business en marge du parlement canadien et à l'abri du public.
Or, les négociations qui ont lieu aujourd'hui et demain à Montebello entre les trois leaders nord-américains viennent défoncer une porte ouverte par les Libéraux. Le critique en matière de commerce international du Bloc Québécois, Serge Cardin, entendu à l'occasion d'un forum du Conseil des Canadiens avait une image assez marquante à partager avec un auditorium rempli à craquer. "Si les Libéraux ont acheté la grosse cylindrée américaine, les Conservateurs sont ceux qui poussent sur le gaz," a t-il dit.
Le teach-in du Conseil des Canadiens, qui normallement aurait dû se dérouler à Papineauville (près du lieu de réunion des présidents du Mexique, des États-Unis et du premier ministre canadien) si se n'avait été des pressions exercées par les forces de l'ordre, a pour sa part rassemblée les suspects usuels. Maude Barlow du Conseil des Canadiens, mais aussi des syndicalistes des trois pays en question, ont joint leux voix pour expliquer l'impact que pourrait avoir une plus forte intégration des économies d'Amérique du Nord. La pression en faveur de la privatisation de Pemex (la compagnie nationale mexicaine du pétrole), mais aussi l'augmentation irrationnelle de l'exportation de pétrole albertain vers les États-Unis ont été pointés du doigt.
Il faut aussi retenir plusieurs inquiétudes relayées par la brochette de politiciens présents dans la salle. Une députée d'arrière-banc libérale, le bloquiste Cardin, mais aussi Peter Julian du Nouveau Parti Démocratique et la leader des Verts Elizabeth May ont essayé de tirer à tour de rôle leur épingle du jeu et se positionner comme de grands défenseurs des intérêts de la population. Si cette brochette n'était pas toujours très crédible au vu du bilan assez pauvre et pas toujours conséquent de dénonciation du PSP, il faut tout de même reconnaitre certains efforts introduits notamment par le BQ et le NPD. Des motions ont effectivement été déposées afin que le PSP soit discuté en chambre et qu'enfin, il soit possible de faire lumière sur les négociations privées de Montebello.
Bref, un 19 août qui n'aura pas fait honte à la démocratie canadienne et qui laisse présager un réarmement de la critique contre les intérêts économistes qui seront vraisemblablement défendus becs et ongles par "les trois amigos de Montebello".
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