CKUT: Jaggi Singh explique le PSP
CKUT Radio McGill, 16.08.2007 16:59
Jaggi Singh de « Personne n'est illégal » et « Solidarité sans frontières » c'est entretenu avec CKUT Radio McGill pour expliquer les manifestations qui auront lieu près du Château Montebello lors de la venue des trois chefs de l'Amérique du Nord, Felipe Calderón du Mexique, Stephen Harper du Canada et George W. Bush des États-Unis pour une réunion sur ce qu'on appelle le « Partenariat pour la sécurité et la prospérité » (PSP).
CKUT: Salut, Jaggi. Militant à « Personne n'est illégal » et « Solidarité sans frontières », tu fais partie de l'organisation des manifestations qui auront lieu à Montebello lors de la venue de Bush, Harper et Calderón au mois août. Justement, que se prépare-il exactement?
Jaggi: Officiellement, le Château Montebello va accueillir les trois chefs de l'Amérique du Nord, Felipe Calderón du Mexique, Stephen Harper du Canada et George W. Bush des États-Unis pour une réunion sur ce qu'on appelle le « Partenariat pour la sécurité et la prospérité » (PSP). C'est un accord, créé en 2005, qui rassemble la « deuxième vague » de l’accord de libre échange de l'Amérique du Nord (L’ALENA) et la politique sécuritaire étasunienne post 11 septembre 2001. Les négociations ont commencé en 2005 avec une réunion à Waco, au Texas, puis l'année passée avec une réunion au Mexique, à Cancun. Et maintenant, c'est ici, au Canada.
Le PSP, de Bush, Calderón et Harper, aura de nombreuses conséquences su nos vies. Ce n’est pas évident d’estimer ce que c'est, parce que ça touche à l'économie, à la santé, à la gestion des ressources naturelles, aux politiques migratoires et à la politique étrangère. Quoiqu’il en soit, même si le PSP est assez nouveau, les politiques du PSP sont déjà là depuis longtemps.
Il est important de rappeler que des groupes ici à Montréal, comme « Personne n'est illégal », « Solidarité sans frontières », « Bloquer l'empire » ou les groupes de solidarité avec les luttes autochtones mobilisaient déjà sur ces enjeux depuis quelques années.
Juste pour donner un exemple, les Zapatistes en 1994 ont déclaré l'ALENA comme « une peine de mort » sur la vie des autochtones. Le jour que cela a pris effet, ils se sont soulevés. Treize ans après, nous avons le PSP, qui continue cette déclaration de mort, mais qui est en train de l'approfondir, il ne s’agit plus juste de la vie des autochtones, mais aussi de celle des migrants. C'est une façon de renforcer cette vision en combinant politique néo-libérale, les effets de l'ALENA et du 11 septembre 2001.
Il ne faut pas oublier que notre résistance est déjà enracinée dans les luttes déjà existantes à Montréal depuis des années, et en Amérique du Nord, et surtout du Sud depuis des décennies.
CKUT: Jaggi, comment est-on arrivé à de telles négociations entre les trois chefs d'États pour la création d’ un partenariat sur la sécurité et la prospérité?
Jaggi: D'abord, ce n'est pas vraiment des négociations parce que le PSP a déjà été déclaré et que ce n'est pas nécessaire de changer les lois ou d'avoir un processus pour le mettre en place, puisque c'est basé sur des valeurs commune. Il est juste question de changer quelques réglementations. C'est une façon subtile -- qui ne l'est pas tant que cela -- d'éviter n'importe quelle transparence publique, ou politique. Mais on peut voir d'où vient le PSP.
Par exemple, en 2001, à Québec, on a vu les tentatives de mise en place de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA). C'était une façon d'imposer le modèle de l'ALENA à tout l'Amérique. La ZLEA, c'était en avril 2001, et après le 11 septembre 2001, on a vu la déclaration sur les frontières, les 'smart borders', entre les États-Unis et le Canada.
Après l'échec de la ZLEA, les chefs d’entreprise ont vu d’un bon œil les politiques sécuritaires post 11 septembre 2001. Ils y ont vu une opportunité de gagner de l'argent mais aussi d'imposer leur politique. Alors, en 2003, le Conseil Canadien des chefs d'entreprises, le CCCE, a écrit un document intitulé « Initiative pour la sécurité et la prospérité de l'Amérique du Nord », qui est exactement dans la lignée de ce qu’est le PSP aujourd'hui. On voit ainsi, que ce n’est pas un complot, que ce n’est pas caché. Le Conseil Canadien des chefs d'entreprises avait pris cette initiative pour encourager une certaine convergence entre ces trois pays du point de vue économique et sécuritaire. Et c'est ça, aujourd'hui le PSP. Cela est incarnée dans l’organisation même des négociation avec la création du Conseil de compétitivité de l'Amérique du Nord, un regroupement de 30 chefs d'entreprise, 10 du Mexique, 10 des États-Unis et 10 du Canada.
Ainsi la compétitivité a été déclaré comme une valeur commune de ces trois pays.
Dans le PSP, on a aussi la présence institutionnelle du Conseil de compétitivité de l'Amérique du Nord, qui est affilié avec le CCCE. On voit clairement la vision des chefs d'entreprise, la vision néo-libérale, la vision capitaliste autour de cela. En plus il y a une convergence des politiques sécuritaires avec celles économiques. C'est assez clair. Comme je l'ai déjà dit, ce n'est pas un complot, et c'est écrit dans les documents du PSP, c'est écrit dans les déclarations de Bush, de Harper, de Calderón. Alors, pour les mêmes raisons qu'on a pris les rues à Québec en avril 2001, qu'on a manifesté en 2003 contre la guerre en Irak, que des groupes contre les déportations s’organisent à Montréal, on s'opposera au PSP et à ses valeurs.
CKUT: Quelles seront les impacts du PSP pour la population?
Jaggi: Mais, on peut déjà en voir les conséquences. Au niveau sécuritaire, il y a des milliers de personnes qui ont été arrêtées et mises en prison sans raison valable après le 11 septembre 2001. On voit aussi cela avec la normalisation de la torture, avec le fait qu'au Canada, il y a des gens qui peuvent être emprisonnés sans accusation, sous un certificat de sécurité. On peut voir la peur et la paranoïa créées dans les communautés ciblées par ce genre de politique. On peut aussi mesurer les effets de cette politique sécuritaire avec la justification de la guerre en Irak, de l’intervention en Afghanistan, ou même sur la situation en Palestine. On voit aussi ça avec la politique néo-libérale de l'ALENA qui a détruit le mode de vie des paysans au Mexique; il faut dire que la précarité des travailleurs, c'est bon pour les entreprises, parce que pour eux, cela améliore la compétitivité, cela leur permet d'avoir des salariés qui travaillent plus tout en gagnant moins d’argent.
CKUT: Que s'organise t-il à Montebello pour lutter contre le PSP?
Jaggi: Notre mobilisation est basée sur plusieurs axes. Ce n'est pas juste aller à Montebello. D'abord, comme j'ai dit, il ne faut pas oublier que notre mobilisation est enracinée dans les luttes quotidiennes.
Quand un groupe comme « Solidarité sans frontières » essaye de mobiliser sur la régularisation des sans papiers, quand des groupes, ici à Montréal, mobilisent contre la guerre, c'est de la résistance. Il y a un autre défi, c'est l'éducation populaire, avec le PSP on commence de zéro pour beaucoup de monde. Les gens ne savent pas ce que c’est. Avec des textes, des manifestations, des assemblées populaires, des parades festives, des interventions dans les médias, des sites Internet, on tente de conscientiser. Et puis, il y a aussi la mobilisation concrète: on va organiser une manifestation à Montréal contre les compagnies affiliées avec le CCNA et en particulier l'entreprise CN, qui fait par ailleurs un procès contre les Mohawks. Cette entreprise s’attaque à la souveraineté autochtone, ici à l'Ile de Tortue! Et bien sûr, nous nous mobilisons pour aller là bas, pour qu’on soit le plus nombreux à montrer notre opposition au PSP.
Pour nous, c'est un grand défi. Notre idée est de perturber cette rencontre. Nous ne sommes pas là pour faire du lobbying avec les trois chefs d’États. Nous ne voulons pas négocier notre propre misère. Le PSP, c'est en réalité l'insécurité et la paupérisation d’une grande partie de population. Entrer dans la logique de lobbying, avoir certains bénéfices de ce processus, qui est déjà basé sur le vol des terres autochtones, la précarité et une certaine « Apartheid » globale, cela n’a aucun sens pour nous. On sera là pour perturber. Nous allons organiser des manifestations et des actions. Le 19 et 20 août, on sera à Montebello pour nous faire entendre!
CKUT: Que peut-on faire pour vous aider?
Jaggi: Si vous voulez participer aux manifestations ou vous renseigner sur le PSP, toutes les informations sont sur notre site Internet, www.psp-spp.com.
CKUT: Merci, Jaggi.
- 30 -